Récit de la course : Ultra Trail 100 Drômois 2006, par may

L'auteur La course
Kikoureur : may
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may
Course : Ultra Trail 100 Drômois
Date : 28/10/2006
Lieu : Crest (Drôme)
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Distance : 0 kms
Matos :
Objectifs : Terminer
chaussette au pays des fées et des esprits maléfiques...

Attention: ultraaaaaa loooooooooooooooong CR!

Je m'étais inscrite depuis le mois de mars à cette course comme prépa à l'UTMB. Elle affichait alors 100km pour 3.700D+: cela me paraissait être un bon rapport km/D+ comparé aux GR73. Au fil des semaines, je vois que les D+ annoncés ne cessent d'augmenter…. A mesure de cela, mon stress aussi s'accroît… et dire que je m'étais dit, malgré les relances amicales de Zeb, non je ne suis pas folle, je ne vais pas courir le GR73 (73KM 5.000D+), trop dur pour moi. Finalement, la Drôme fera bien 100KM mais pour 4.800D+ (merciiiiii Jack!!!), tandis qu'apparemment le GR73 aura moins de D+. Mauvaise pioche dès le départ, je n'ai jamais eu de chance, mais siiiiii, j'ai énoooooormémeeeeent de chance!!!

La prépa: de retour en mars de Saint-Nazaire-Les-Eymes (100km route) et du maratrail (21km 550D+), je décide de couper réellement 3 semaines, afin de soigner ma double périostite tibiale et ma tendinite au talon d'achille. Je reprends le 15 avril, tout doucement, très progressivement. La semaine du 22 avril, j'augmente très légèrement. Mais en réalité, je cours très peu. 50km étalées sur 2 semaines (pas eu le temps de faire mieux, de plus, de retour de blessure, il me fallait y aller progressivement), enchaînées avec le marathon de Sénart, le 1er mai, comme sortie longue, une sortie d'1h50 environ à Paris avec Séraphin à 5h du matin et la maizonnaise, trail de 35km et 700D+, avec Zeb, le 6 mai, plus une dernière sortie d'1 heure très cool, le 8, et c'est tout. Pas terrible du tout, mais bon… Enfin, j'ai soigné toutes mes blessures, ma double périostite tibiale m'a enfin lâchée et ma tendinite au talon d'achille aussi, et c'est tant mieux!!!

La veille de mon départ pour Crest, je reçois des mots d'encouragement très sympas, notamment de Zeb et Séraphin. Telle une gamine, je découpe et colle derrière mon road book fait maison des petits mots d'amis coureurs afin, dans les moments difficiles, de les sortir et les lire, il y a ceux de Zeb, le p'tit mot de Phil, et ceux de Bernard (mon étoile *); enfin il y a les mots de Raphaële, ma meilleure amie qui n'a rien à voir avec notre monde, mais dont les mots me sont nécessaires, vitaux.

Débarquée à la gare TGV de Valence, je me dirige vers le petit groupe constitué de 3 coureurs. L'un d'entre eux, Michel (inconnu de ma pomme qui ne connaît rien, mais celui-ci s'avèrera être célèbre dans la région, précisément pour son zeste de folie) m'accueille avec un sourire rayonnant et me lance "Ah!!! Vous!!! je vous reconnais!!!! Vous avez fait le marathon des sables!!!" Euh….. ben… comment dire… que dire… je réfléchis vite: si je mens il sera content, mais…. je ne peux tout de même pas mentir, non? "Euh… ben non… jamais couru le MDS, vous devez confondre…" et là, pouf, évidemment, grosse déception, je n'existe plus à ses yeux… ben merci, cachez votre joie surtout…

Dans la navette qui nous conduit avec les 2 autres compères (le fameux Michel nous ayant laissés), mes oreilles entendent que ça discute ferme ultra… "Ouais t'as vu le truc là... c'est quoi ta prochaine course?" "Un cent miles" "Et où?" "Et lequel?" "Et combien de D+"… Autant en profiter pour avoir leur avis… "Euh z'auriez pas un conseil à me donner?" dis-je, en me tournant vers le mec aux cheveux gris très court "C'est possible hein de faire le 22 juin un 100km route suivi le 29 par un raid de 175km, celui du golfe du Morbihan? Hein c'est pooooossible?!!" Bref, ça cause longue distance, mais au fond, ça crève de peur….

On arrive au rassemblement, je vais chercher mon dossard et je croise Hémé et nono la robote: on se salue, ils ont l'air en grande forme et sont tout sourire. Puis en attendant la pasta, ça papote par ci, par là, tantôt avec des coureurs, tantôt avec des bénévoles, mais ça n'en mène pas large du tout… Enfin, la pasta est servie. "Euh… je peux m'asseoir à côté de vous siou plaît??? j'adooooore quand vous parlez de vos courses!!!! Vous pourriez m'en raconter quelques-unes…???!!!" (une vraie gamine!!!) dis-je à l'attention du même mec aux cheveux gris très court. Ça papote, ça papote toujours, mais y a quand même un truc bizarre…. Ce mec, tout le monde vient le saluer…. Doit y avoir un problème kèk part… Il m'explique "alors lui, c'est untel, il fait ci et ça etc. etc. et elle, elle fait ça et ça et puis ça aussi…" et me demande et vous, vous faites quoi? "Euh…. Ben… pourquoi j'suis là déjà? m'en souviens plus… tout ce que je sais, c'est que mon projet pour 2008 c'est le Spart…" Elle est où la camisole de force…????? Viiiiiiiiiiiiiite!!!!!!!

Enfin, je vois un grand gars se planter devant moi, mais c'est Lolo!!!! Lolo!!!! Trop contente de voir un visage connu!! D'un bond je me lève, on va un peu à l'écart, on se fait la bise, et évidemment, on papote… "C'est Dominique Nugre" Hein quoi? Qui? Qu'est-ce? "Oui, t'es assise à côté de Dominique Nugre" Euh… c'est qui? Un kikoureur ou un UFO??? Je donne ma langue au chat: team Quechua… Oh meeeerdeeeee!!!! Oh la plouc de chez plouc qui débarque de son bled paumé….. Et ben je dois dire qu'il est Hachement sympa Dominique Nugre!!! En quittant les lieux, il me souhaite une bonne course "merci m'sieur, euh… vous aussi m'sieur hein, vous allez nous faire un podium!" puréeeee!!!!!!! J'en reviens pas!!!! Qu'est-ce que je suis plouc!!!! Ca discute encore. Jack est là, survolté, Lolo le salue et se présente. Moi, je n'ose pas, mais bon, par politesse je lui glisse "Euh... ben moi… Je vous ai beaucoup embêté avec mes mails, parce que cette course me stresse, je suis absolument dééééésolée…" "Ah! alors tu es May!!!" me dit-il! Ah ben ça alors!!!! Je vous jure Jack, je vous jure, j'suis pas une chieuse, juste un peu beaucoup énormément stressée….

La rigolade est finie, on part dormir avec Lolo… enfin, c'est un bien grand mot: impossible de fermer l'œil de la nuit… le déficit de sommeil fait son trou et celui-ci est béant…. Nuit blanche non étoilée, debout à 3h… pfff qu'est-ce que je suis lente… les lentilles, elles sont où? Et la caloreen, faut que je la prépare… et l'urgopore, vite, faut que je bande mes pieds…. mais c'est Alain! Salut Khanardô, voilà tes shoes, voilà le fric, quel trafic!!! Alain me met, sans le savoir, la pression en me disant "Bon May, tu arriveras bien avant moi!" Mais pour qui il me prend???? Non non non!!! Alain, tu arriveras avant moi!!!! Moi, je suis nulle!!!! Réellement nulle, sans artifice!!!!!!! Non méééé!!!! Je file vite faire vérifier mon sac, j'ai rien compris aux explications de Jack concernant le parcours, tant pis, on avisera en chemin…. En espérant qu'il n'y aura pas à aviser… 30 secondes avant le départ, on fait vite une photo, il y a Tonio et Samontetro aussi, juste le temps de se dire 2 mots… et c'est partiiiii!!!!

Bon alors là, je n'ai donc aucun plan. J'y vais cool, on verra selon le terrain et la forme. En route je fais la connaissance de deux coureurs strasbourgeois et d'Agnès (tous utmbistes chevronnés…. Agnès 3 fois et 1 fois la Réunion….), on se double, se redouble, on joue au yoyo, on papote un peu. Dans les montées, malgré mes grosses cuisses (ou à cause d'elles???), je suis nulle et toujours je me fais doubler. Par contre, dans les parties roulantes et les descentes, whaouuuu!!! Je dévale sec et c'est là que je les redouble. Mais déjà je constate mes faiblesses sur cette première portion du parcours qui est relativement roulant et facile comparé à ce qui m'attend: quand on s'entraîne uniquement sur bitume, on n'a aucune expérience des différents sols et le pied fait défaut… je pense déjà qu'il va vraiment falloir que je me fasse très sérieusement des séries à en crever de fractionnés en côte pour l'UTMB… aië aië aië!!! Ensuite, je verrai qu'il va falloir aussi que je travaille les descente raides, où je suis nulle, étant bonne uniquement sur celles qui ne le sont pas trop… bref, une tonne de boulot… Il faut en outre être très vigilant, car certaines balises ont été retirées par des esprits coquins ou malfaisants….

Et puis ce sont Khanardô et Thunder qui me rejoignent peu après le 1er ravito, ça papote et ça papote grave!!! Le môme, s'il courait autant qu'il parle, il serait champion de l'univers! Il cause, de tout, de rien, il rit, il cause potins, gratins, il parle de ses amours, des femmes de 7 à 77 ans qui le draguent… Euh, t'as pas soif, Thunder???? Et puis, j'ai droit à l'instant poésie, une séquence "émotion" peu avant d'arriver à Cobonnes (40e km), si je m'en souviens bien… du côté de chez Thunder, c'est plutôt l'animalité qui ressort, ses mots sont pets, rots, l'enfance retrouvée dans ses éclats de rires, un poëme à lui seul; quant à Alain, le voilà qui récite Baudelaire, il nous menacera même de réciter du Lamartine….

Dans une belle descente qui me plaît bien, je lâche un peu les chevaux et emportée, me voilà qui me tord la cheville. La maxime de Zeb me vient aussitôt à l'esprit "Qui fait le malin, tombe dans le ravin!"... La cheville: encore un point faible. Je me suis toujours tordu les chevilles lors de mes longues randonnées à l'étranger. Et voilà, ce que je craignais est arrivé. Thunder me demande si ça va, je bredouille oui oui, mais je pense: il faut que ça aille de toute façon, car je n'ai pas le choix. On arrive enfin à Cobonnes, on fait deux trois photos et on repart. Mais là, je n'ai plus trop d'énergie. L'envie de dormir me tenaille… Je tente de rester au contact avec mes compères, mais en cours de route je les laisse définitivement filer. Entre Cobonnes et Mirabel, l'envie de dormir, accentuée par la fatigue et la chaleur, a raison de moi. Seule, je me trouve un petit coin à l'ombre d'un pauvre petit arbre, me servant de mon sac comme d'un oreiller, je me recroqueville et dors 20 minutes. Puis, je repars, toujours seule. En route, je me tord de nouveau la même cheville gauche. Aiëëëëëëëëëëëëëëë!!!!! Et alors que je m'installe encore pour dormir (ben oui, dormir dormir dormir!!!), je suis rejointe par Jean-Luc qui me demande si ça va. Je lui réponds oui, mais quand même j'ai mal à cette foutue cheville que je viens pour la 2e fois de me tordre. Gentiment, il sort de son sac une bombe de je ne sais quoi (du froid) et m'en met sur la cheville. Oh!!! Ça fait du bien!!! Je sors des tucs, on partage, puis je le laisse filer et… devinez quoi??? Ben oui, je me recroqueville et je dors…. 15 minutes. Enfin, je repars et arrive au petit ravito de Mirabel où je retrouve Jean-Luc. On boit, on boit, il fait trèèèès trèèèès chaud et on repart ensemble. Sur le chemin, ça monte, ça n'arrête pas de monter. Cette portion Mirabel/Saillans semble interminable. Je crains que nous n'arrivions pas à temps et que l'on ne se fasse éliminer par la barrière horaire…. Alors quand le terrain le permet, je cours autant que possible, entraînant Jean-Luc avec moi. Dans les montées, par contre, je suis trèèèès nulle et c'est lui qui reprend les directives, je tente de rester au contact. On fera un arrêt en chemin, n'en pouvant plus de monter dans cette chaleur, et devinez quoi? Ben, oui, pour la 3e fois je me recroqueville et je dors… 15 nouvelles minutes. Quand j'ouvre les yeux, Jean-Luc est toujours là, je pense à Saillans, j'ai peur qu'on arrive trop tard, alors je me lève d'un bond et cours, entraînant Jean-Luc avec moi. Saillans semble inatteignable. Quand enfin on approche du village, je lâche les chevaux et laisse du même coup Jean-Luc loin derrière moi. J'arrive au gros ravito où je suis accueillie par les bénévoles. Dépitée, je leur dis "J'arrive trop tard, hein? J'suis éliminée..." Les bénévoles éclatent de rires, ben non, vous avez tout le temps… 2 grosses heures au moins!!! Ah bon? C'est pas une blague???? Z'êtes sûrs? Chouette alors!!! Je rentre dans le local, me déleste de mon sac (ça fait du bien!), je bois, je m'oblige à manger, du salé surtout, fromage, pain. Je me tourne, qui vois-je? Agnès allongée, là, je suis catastrophée, je me dirige vers elle et lui demande timidement "ça va????" elle se marre, ben oui ça va! Ben alors quoi May, tu as perdu toute ta lucidité???? Agnès est juste en train de se relaxer et non pas sur un lit d'hôpital!!! Mais à quoi je pense???? pfff… On m'installe également sur cette espèce de machin sensé faire du bien. Ok, je veux bien moi si ça me fait du bien. Puis la podologue regarde mes pieds "Oh, s'écrie-t-elle, double ampoule ouverte!!!! Impressionnant!!! Je vais vous soigner ça. Normalement, je n'enlève jamais la peau, mais là…. Plaie ouverte… va falloir…" Je lui fais confiance (je n'ai pas le choix). Avec ses mains de fée, elle me soigne admirablement, en plus elle est adorable!!! Que ça fait du bien! Je me change, je bois et mange encore puis repars avec Jean-Luc. Je me serai tout de même arrêtée près de 50 minutes… Passant devant un bistrot, Jean-Luc qui n'a pas eu sa dose de bière et de café me propose de payer sa tournée. Je décline son invitation, je veux profiter d'avoir retrouvé la pêche et repartir immédiatement. Je sens qu'il est un peu déçu, je suis désolée, c'est pas sympa, mais je n'ai pas le choix, je repars seule.

J'attaque la terrible montée du Pas de la Motte. Ça monte interminablement. Je suis seule. Je ne pense à rien et en même temps je pense à tout, à la vie, aux amis, à la course... Ça monte toujours, je suis perdue dans mes pensées et je tente de conserver une allure acceptable. Ça n'arrête pas de monter. J'aime cette solitude, cette tranquillité d'esprit. Enfin, j'arrive par quel miracle tout en haut: c'est magnifique!!!!! Magnifique!!! Magnifique!!! Mais nom d'un chien ça se mérite!!!! Là, je croise un bénévole qui fait le pointage et lui demande combien de km il me reste. Il hésite et me demande si j'ai réellement envie de le savoir. Je lui dis non, je le sais déjà, une trentaine. Je lui demande comment est la descente. Raide et pleine de pierres. Voilà, je suis prévenue. La descente est donc raide et pleine de pierres: je déteste ça. Maintenant, c'est la descente qui est interminable. Enfin, une portion plus roulante, je cours, je cours, je suis heureuse de courir. J'aperçois une voiture, deux personnes dont une vient en courant à ma rencontre: chouette un p'tit ravito!!! Je suis super bien accueillie!! Cyril qui chapeaute les bénévoles me lance "Ravi de te voir!!!" Whaouuuu!!! Merci!!! ça fait chaud au cœur!!! La jeune femme qui est là m'encourage, elle a des mots extrêmement gentils à mon égard… ohlala…. Mais je n'ai qu'une peur et demande à Cyril si, selon lui, j'arriverai à temps à la prochaine barrière horaire. Il me répond "Sans problème". Oh ben ça, c'est gentil! Tous deux s'occupent de mon camel, je n'ai qu'à boire et manger et me décontracter… Et ça papote. Ils me demandent d'où je viens. De Paris. Cyril vient de Lille. Il me dit qu'il va partir à Marseille. Ah… Marseille et pourquoi précisément là? Parce que son amie habite là. Ah ok. Oh qu'il est bon ce petit bout de fromage! Je lui dis que son amie en a bien de la chance! On parle d'amour, c'est incroyable, c'est léger et ça fait du bien. En fait, je n'avais rien capté (comme d'hab), je les regarde et je trouve qu'ils sont bien proches l'un de l'autre, alors je balbutie à Cyril "Mais…. mais.. c'est.. ah ok! Désolée, j'avais rien vu..." Car la jeune femme bénévole est son amie. Ils éclatent de rires, dans les bras l'un de l'autre, je les trouve absolument adorables!!! Avec cette dose de timidité et de tendresse infinie. L'amour leur donne des élans, des gestes très beaux. Je reprends mon sac, m'apprête à partir. La jeune femme, telle une elfe, me montre l'entrée, c'est là, dans ce truc que je dois descendre. Ok, je visse ma frontale, et je repars sous leurs encouragements.

J'ai la pêche! Enfin… j'avais la pêche, car la portion que j'attaque est la plus horrible. Je descends dans cette combe ou cette gorge, ce je ne sais quoi, avec l'impression d'entrer dans les entrailles de la terre. La nuit est en train de tomber, mais dans cette combe il fait nuit noire, au-dessus il n'y a pas de ciel, pas d'air. Le chemin est un pierrier coincé entre deux blocs de falaise, quelque chose comme ça. Je descends, la descente est interminable. Peu à peu, je me mets à mal penser. Mon imagination s'emballe alors que je me dois d'être très prudente car le terrain est extrêmement difficile, je pense à ma cheville, mais les mauvaises pensées sont très puissantes… Je me mets à penser aux films d'horreur, aux esprits mauvais de la forêt… Je pense à Princesse Mononoké, aux esprits malfaisants. A Twin Peaks. Il y a des limaces très longues très grosses et très noires. J'ai les pétoches. Je ne suis pas fière. Je n'ai pas le choix, il me faut sortir de cette tombe. Je suis au bord des larmes. Je me maudis. J'essaie de me raconter des blagues. Ça ne me fait pas rire du tout. Je me dis "Vive le bitume!!!" Je crie "Vive les 100km route!!!!" Je hurle "Fini les trails!!!" Je braille "Merci Jack!!!" j'essaie de courir autant que possible, j'ai PEUR, je crève de trouille, allez May, t'as pas le choix. Je pense au Spartathlon, à toutes ces courses que je rêve de courir. Courage! J'avance, j'ai peur, Transe Gaule, c'est interminable et je suis seule, Sakura Michi, mon ombre me fait peur, l'ombre d'un arbre me fait peur, tout me fait peur, le moindre bruit, le silence, j'ai une trouille d'enfer… Je pense à Bernard, je pense aux mots d'encouragement que j'ai reçus, je pense beaucoup à Bernard, mon étoile, et au Spartathlon….

Je ne me souviens plus comment je suis sortie de ces entrailles et comment était la portion suivante. Je suis à un ravitaillement, je retrouve Cyril et d'autres bénévoles. Je bois 2 verres, je prends un mini sandwich et je repars aussitôt. La nuit est là. Les étoiles brillent. Il reste quoi, à peine 20 km. 20 km interminables. Le terrain de nouveau est moins technique, un peu plus roulant par moments, je cours, j'ai retrouvé la pêche. Je cours, je cours et là que vois-je??? Deux sangliers devant moi…. Et une présence étrange sur ma gauche. Je décélère. Je marche, je suis morte de trouille… bon réfléchis May… euh.. réfléchir??? Ça veut dire quoi déjà???? Les 2 sangliers à mon approche fuient, mais demeure cette chose étrange sur le côté qui renifle… mais… mais... c'est un sanglier!!!!! Au secourssssss!!!! Bon, fais quoi???? Pas de panique surtout…. Bon, tu n'as pas de sabre, ni de couteau, ni de marteau…. Ta petite paire de ciseau et ton petit briquet sont dans ton sac…. Tu ne sais pas grimper aux arbres…. Bon, tu marches doucement, prudemment, tu fais confiance à la vie, il va te lâcher, hein, oui oui, il va te lâcher et c'est comme ça sur 500 bons mètres et je vous assure que c'est trèèèèèès trèèèèès loooooooooooooong!!!! Enfin, il s'en va, j'accélère, je cours je cours, au secours!!!! Je cours, j'ai la pêche, non mais n'importe quoi! C'est avant qu'il fallait avoir la pêche!! Pfff… Je débarque dans un champ et là je vois des yeux, des milliers de yeux qui me fixent!!!! Hein!!!??? C'est quoi ça encore!!!??? Puréeeee!!!!! Ah ouf, des moutons, c'est gentil les moutons…. Ça ne mord pas, ça ne griffe pas… C'est doux… Je longe le champ, reprend la route toujours en courant (Oh la route!!! Quelle douceur sous les pieds!!! Quelle bénédiction!!!!), de loin j'entends des aboiements de chiens... purée… mais c'est quoi ce trail! Un remake de rambo ou quoi?!!! Bon, j'espère qu'ils sont attachés les chiens hein parce que… je fais quoi sinon???? Après le désert, la jungle, après les sangliers, les loups, les chacals… non mais, je ne suis pas rambo!!!!! Hein Jack!!! je ne suis pas rambo, ok?!!!! Bon file, doucement, tâte le terrain, oups, oui rien ne me suit, ok, file, cours….

Arrivée à un pc je retrouve Agnès et devinez qui??? Michel du marathon des sables. Agnès me propose de faire route ensemble, afin de ne pas se disperser dans la nuit. Sa proposition est très gentille, mais je suis obligée de la décliner et lui explique en m'excusant que je préfère y aller, car j'ai la pêche, je file donc. Et ça remonte interminablement pour redescendre interminablement…… chouette de nouveau du bitume!!!! Que c'est doux!!!! Je passe devant une résidence où il y a plein de lumière, je cours, j'adooore le bitume!!! Deux voitures s'arrêtent à mon niveau, leurs occupants me félicitent, me demandent si ça va "Oui oui, c'est fini..." "Mais non, vous en avez encore pour un bon bout de chemin!" "Si si je vous assure, c'est rien, nada, c'est la fin..." Ils m'encouragent avant de s'éloigner. Dernier pc, il ne reste plus que 9 kms. Je cours, je dévale sec, j'ai une de ces pêches mon dieu!!! C'est incroyable!!!! Le bitume: ohlala j'adooooore!!!!! J'arrive enfin à Crest au bout de 21h29'37'' d'effort, Cyril est là, qui m'embrasse et me félicite. Ouf! Bon il est où Jack?????? Je vais lui faire sa peau!!!! Non méééé!!! Je me dirige dans la salle d'à côté et qui vois-je??? Alain, Mathieu, Françoise et Xavier attablés. Je suis surprise. En fait, à part le môme, ils sont arrivés peu avant moi. Jack leur sert la soupe. Moi je file prendre une douche et retrouve Isabelle, la podologue génialissime, qui me soigne les pieds (entre temps une grosse ampoule s'est développée sur la plaie de ce qui fut il y a à peine 7h00 une ampoule…). Ça fait du bien!!!! Jack vient bavarder et me dit aussi gentiment que son parcours est gentil "Ah ben t'es plus appétissante après une douche!" Retenez-moi ou je vais faire un massacre!!!!! Non mééééé!!!!

Ça se marre encore, Agnès, Michel et un autre traileur arrivent. Jack nous sert la soupe. Enfin, Jean-Luc arrive. On applaudit!!! Moi je vais me coucher, mais je suis trop nerveuse, je ne dormirai pas. On se retrouvera à discuter avec Maria, 1ère féminine (en 15h30!!!!). Elle est incroyable cette fille!!! Balèze de chez balèze!!!! Une gentillesse et une humilité à faire pleurer les brutes les plus cruelles!!! Cet esprit là, j'adore!!!!!! On papotera longtemps. J'aurai droit à la question inévitable "Et toi tu fais quoi???" Euh… moi??? Moi, je suis folle. J'ai commencé à courir il y a 2 ans et demi, avec 6 mois d'interruption pour 2 fractures à la hanche et je suis inscrite sur l'UTMB, en 2008 je courrai la Nové Colli et le Spartathlon, puis la Transe Gaule, je suis nulle mais voilà, tels sont mes rêves...

Conclusions: ce trail m'a donné confiance pour l'UTMB. Il m'a permis d'expérimenter mes points faibles que je dois travailler: les montées, les descentes raides. Reprendre les randos courses le week-end, afin de "travailler le terrain" et habituer mes chevilles. Les UTMBistes m'ont confirmé que le parcours de Crest fut très technique et difficile, et que celui de l'UTMB est moins technique (moins de pierriers: chouette!!!!! Je vais pouvoir courir!!!), cela ne peut que présager de bonnes perspectives. Côté mental: je pense que c'est mon point fort, avec les parties roulantes où je suis tranquille. Mais mon point faible est aussi mon imagination… Mais, j'ai bon espoir et je retrouve de l'enthousiasme, de l'élan. A venir pour être prête: le 1er juin: 100km 4.000D+ Vosges/ 22 juin 100km route (retravailler un peu la "vitesse"…)/ 29 juin: le raid du golfe du Morbihan/ un trail à caser en juillet/ petite semaine de vacance en Suisse fin juillet et voilà….

Remerciements: bon ok MERCI Jack!!!! MERCI infiniment pour tout!!!!! MERCI aux bénévoles, Cyril!!! MERCI à toi, Bernard!!!!! Je t'adore, mon étoile!!! MERCI à Zeb, Séraphin, Raphaële, Karllieb aussi et Phil et Nicnic38. Merci pour tes mots Maria, j'ai bien aimé "May, non t'es pas nulle, t'as le courage de faire des courses comme ça, tu te rends compte? Tu as osé le faire!!!! Ton brin de folie, garde-le!!! Je t'interdis de dire que t'es nulle!!!!" Whaouuu Maria, merci!!!!! Ça fait chaud au cœur!!!! Promis: j'irai au bout de mes rêves, bon alors, la camisole de force je peux la ranger??? Merci à Alain pour cette bouffe super sympathique! A tous les traileurs et traileuses rencontrés…. Tant d'émotions…. Que la vie est belle… @mon étoile…

p-s: Je ne remercie pas les sangliers.

Re-p-s anecdotique: Finissant 1ère SF (fastoche, j'étais la seule!!! pffff…), j'ai gagné le droit d'y retourner l'an prochain, ah ben chouette alors!!!!!!!!

May_chaussette_éclopée_mais_heureuuuuuse

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  Françoise, Alain et le paysage... 

Commentaires

Le 16/05/07 à 21:00, commentaire de gdraid
may, j'ai rarement lu aussi vite, un récit aussi long !
Si un jour,tu ne peux plus courir, lances toi vite dans l'écriture. Ligne après ligne, ce que tu dis est toujours passionnant.
Les sangliers, sont rarement agressifs, sauf, en cas de blessures, traqués par des chasseurs, où certaines mères pour protéger leur petit...
Quand tu déranges une bande, le troupeau s'enfuit, et seul reste en protection éventuelle, le plus ancien du groupe.
Ancien dangereux, si tu l'agresses, ou essaies de pourchasser sa bande.
Ce ne sera pas une raison may, pour lui faire un bisou, lors d'une prochaine rencontre...
Ces cochons là, puent trop fort le fauve !
JC

Le 16/05/07 à 21:02, commentaire de taz28
Quel pur régal ton récit May !!
J'ai ri, frissonné, aimé tout simplement...
Chapeau madame pour ta course, tu n'es pas folle, et on t'aime comme ça !!!
Bisous
Taz

Le 16/05/07 à 21:07, commentaire de Marie69
Super CR May !

Ravie de t'avoir rencontrée !

Bises affectueuses !

Marie

Le 16/05/07 à 21:16, commentaire de Zeb
Ben dis-donc!.....pffffff! ouf!!!!j'ai déjà eu l'occasion de te féliciter, mais je réitère mes applaudissements....
J'en reviens pas que t'ais piqué des roupillons ! Non mais!!! Alors, ca c'est May, "j'suis fatiguée : je dors ! point barre ! Y a une course ? Ouaip minute, là, j'suis crevée moi"

Blague à part, ton récit est-tel que je te connais, à ton image...ne change pas, reste toi même et...fonce !!!

Pour te booster un peu, on peut demander aux Poletti de disperser des sangliers, voir de rapartier l'ourse Fiona des Pyrénnées, sur le parcours de l'UTMB....

A bientôt sur les chemin ou sur le bitume....

Seb_admiratif !

Le 16/05/07 à 22:06, commentaire de lolo'
Super CR May

j'espere qu'un jour on pourra aller voir les Sangliers sur le GR 20.

Je post mon cr ce soir, tu as assez insisté !!

Le 16/05/07 à 22:31, commentaire de JLW
Pppffff suis crevé moi à lire ton récit. Quelle énergie, quelle force malgré les petits sommes par ci par là. Tu devrais pouvoir t'attaquer à l'UTMB (Ultime Trans Monde Brutale) sans problème.

Le 17/05/07 à 20:14, commentaire de Karllieb
Bravo May, super CR. Très humain et drôle. Comme le dis Zeb, on t'y retrouve toute entière. A ce propos, le coup du : "Je suis nulle !", ça ne marche plus. Après une telle course, la preuve est faite : tu n'es pas nulle. Tu es juste un peu folle mais c'est une belle folie. Ne change pas. On t'aime comme ça.
Karllieb

Le 17/05/07 à 21:40, commentaire de gdraid
pour may, karlieb, cette folie est plutôt synonyme de génie !
JC

Le 17/05/07 à 22:15, commentaire de Khanardô
May,
quand je pense que j'ai failli le rater ton CR ! Eh oui, décrit en 2006, en octobre qui plus est (!), il ne m'avait pas tiré l'oeil jusqu'à ce soir, où je me suis dit, tiens, allons voir s'il n'y aurait pas des récits du marathon 2006 !

Quel beau récit, tellement vivant et bien écrit !
Le fait est que l'on a beaucoup parlé de toi avec Françoise et Xavier, en particulier au passage des sangliers car ils étaient là aussi pour nous !

J'ai dit à tout le monde qu'il fallait une vraie dose de courage pour descendre cette combe tout(e) seul(e) par une nuit sans lune. Tu nous a tous bluffés là, mais comme tu ne semblais pas vouloir le croire quand je te le disais, tu as tellement plus de ressources que tant de gens, dont moi en particulier !

Je garde de tout cela le souvenir précieux d'un week-end pas comme les autres, souvenir qui éclairera mes futures escapades de nuit encore longtemps !

Merci à toi et à bientôt à nouveau sur les chemins

Le 17/05/07 à 22:53, commentaire de soul94
Dommage je ne t'ai pas vu...
Mais vraiment félicitations, pour le CR, pour le courage dans ta chasse au montres et autres sangliers, pour ta force de caractère, bref pour ce que tu es.
Tu fais cents kils tout les week-end ??????????

Le 18/05/07 à 04:45, commentaire de chtigrincheux
Fichu caractère, rebondissant et virevoltant …
Certains parlent beaucoup toi tu as de l’or dans l’extrémité des doigts. Parfois cela dois être panique à bord dans ton caberlot si les neurones se mettent à s’entrechoquer
Cela sera un réel plaisir de te rencontrer également
L’esprit kikourou se démontre ici même une fois de plus et s’impose comme une évidence

Le 18/05/07 à 09:21, commentaire de Tonio92
Et bien çà, c'était un CR, pleins d'animaux, même à deux pattes. Bravo May

Le 18/05/07 à 10:07, commentaire de Colimaçon
Alors là May, ton CR est MAGNIFIQUE!!!

Pourtant j'essaie d'en lire beaucoup mais le tiens reflète vraiment ta passion et les sentiments et phases par lesquelles on passe tous dans l'ultra.

Oui ta force est le mental mais d'ici aout, tu te seras faite des cuisses pour jouer aux cabris autour du Mont Blanc!

Biz

Coli

Le 18/05/07 à 16:50, commentaire de Philippe8474
Magnifique CR
Il y a tout.. La solitude , le partage, l'aventure, les sentiments, les rencontres...
Merci en plus du bon moment à lire, non à dévorer ton CR.
A te croiser peut être un jour... sans sangliers!!!
Philippe

Le 18/05/07 à 20:39, commentaire de thunder
L'unique May, rapide au démarrage, dormeuse au milieux et niakarde tout du long.
Merci de ta compagnie durant tout ce WE, je comprends mieux pourquoi l'équipe du Raid28 t'aime tant. Ce fut un fabuleux WE
Porte toi bien et bonne route pour tes projets un peu fou.

Le 19/05/07 à 11:55, commentaire de Baobab
Salut May,

Bravo d'abord : c'est incroyable de lire tout ton palmarès de courses loooongues. J'ai passé un très bon moment de lecture, et tu m'as fait presque rire avec tes "je suis nulle" (ah ah ah ah , permets moi ; ) )
Courir 10km c'est un truc d'extraterrestres fous, pas de nuls.

Bonne continuation (sans te cramer quand même)

Le 20/05/07 à 10:00, commentaire de Souris
Merci May pour le CR et encore Bravo pour cette course...
Les rêves, il en faut et c'est qui fait avancer... mène les au bout.
Ca peut paraitre fou des fois, mais quand tu as l'étincelle au fond du ventre (et tu l'as c'est sur), c'est alors tout bon :-))

Bizz

Le 21/05/07 à 11:24, commentaire de nicnic38
pfffff....

May je reste sans voix...

Ton CR c'est du concentré de May...
Un régal a te lire...

T'es vraiment trop forte... va falloir t'y faire

PS : pour les sangliers... crier un bon coup ça marche... et en plus ça détend ;)

keep on going my friend!


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