Récit de la course : Ultra Trail du Mont Blanc 2006, par Mr_Ours
Kikoureur : Mr_Ours
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Course : Ultra Trail du Mont Blanc
Date : 25/8/2006
Lieu : Chamonix Mont Blanc (Haute-Savoie)
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1804 visiteur(s) ! Distance : 158.1 kms Matos : Sac Quechua 10l
Chaussures North Face ULTRA XCR.
Objectifs : Terminer |
1e PARTIE CHAMONIX-COURMAYEUR
CHAMONIX 18h58mn
Dans quelques minutes le départ sera donné. Je suis là , tout seul, au milieu d’une foule de coureurs. J’avoue que je suis impressionné par le look de certains d’entre eux, de vrais athlètes avec du matos dernier cri. Cela m’intimide un peu.
Durant les jours qui ont précédé je n’ai pas cessé de penser à ma « stratégie » de course , mais à quelques secondes du départ je n’ai jamais été aussi peu convaincu de la pertinence de mes choix. Les chaussures notamment ,elles sont légèrement trop petites …mais avec les autres (un peu trop grandes) c’était risquer les ampoules au talon après 20km de course !. Il y a la blessure à la cheville que je me suis faite à l’arrivée d’une tyrolienne. C’etait il y a trois semaines avec les enfants .La douleur évoluera t elle ou bien restera t elle à des niveaux supportables comme lors de ma dernière sortie il y a 15 jours… ? Enfin la météo dont les prévisions n’ont cessées d’osciller entre espoir et dépression me donnera t elle raison d’être parti plutôt léger que couvert ?
C’est dans ces pensées, pas trop positives il faut bien le reconnaître , que le départ est donné. Assez curieusement je n’éprouve pas le petit frisson qui aurait pu naître à l’écoute du thème de C Colomb. La sono sûrement un peu faiblarde cette année n’a pas couvert le bruit de l’hélico ..
Nous piétinons puis nous marchons
Voilà....
Nous y sommes..
Tout commence maintenant , par ces quelques pas et se finira si tout va bien dans à peu près 40 heures. Je ne suis ni heureux, ni ému, ni tendu, je suis dedans , parfaitement fluide et je marche comme mes voisins vers le grand portail blanc qui matérialise le point zéro.
Nous marcherons encore bien après le portail, dans ce que j’ai cru être une forme de silence, entouré par une haie compacte de supporters dont on devine qu’ils sont « inquiets » eux aussi. Un bisou à Palou et le rythme s’accélère. Bientôt , sans que nous ne nous en soyons vraiment aperçu , nous courrons…
Après un ou deux km d’asphalte, l’itinéraire emprunte un chemin en sous bois assez large , en faux plat descendant. C’est un plaisir de trottiner dans ce flux à la fois dense et léger de coureurs , je ne cherche pas à dépasser ou à ralentir , je me laisse porter par ce courant humain, ça parle , parfois ça crie , mais surtout , ça se tait. Je me rappelle qu’à cet instant là de la course l’année dernière, Jno m’avait dit « Profite bien de ces moments car tout passe très vite après.. ».Alors, je profite , j’ouvre bien mes récepteurs et m’ennivre de toutes ces sensations. C’est sûrement sur ces quelques km faciles que j’ai éprouvé une forme de béatitude ahurie impossible à retrouver par la suite. Première montée , comme mes voisins , je marche. Quelques execptions passent en courant. Un peu plus loin, ce sera moi qui mettrai un point d’honneur à courir lors du retour sur l’asphalte jusqu’au HOUCHES malgré la pente assez raide. Une façon peu économique et parfaitement inutile de remercier tous ces gens qui nous encouragent...
LES HOUCHES 20h05mn
Le premier ravito se présente encombré mais abordable si l’on prend soin d’aller directement vers les dernières tables. Je me sers deux verres de Coca que je m’oblige à boire lentement. Puis je marche tranquillement en dégustant une tranche de pain !. Je sais par expérience que cette première partie de nuit qui arrive voit souvent se déclencher des maux d’estomac qui peuvent durer de longues heures. Il y a sûrement des explications à ces douleurs mais je ne les ai pas trouvées. Alors, pour essayer de limiter au mieux les risques, j’ai décidé de ne boire que du Coca , l’eau glucosée de mon camel back , et de ne manger que du pain (et un peu de chocolat , il faut bien se faire plaisir..). Pas de boissons chaudes, pas de soupes, pas de charcuterie, etc....
Les premières pentes du col de Voza se présentent. Comme la plupart , c’est ici que je déplie mes bâtons. Mes bâtons sont devenus de véritables alliés dans les montées. Par contre je n’aime pas m’en servir dans les descentes car je trouve qu’ils m’obligent à des postures peu naturelles .
C’est rythmée par les impacts des pointes sur les cailloux que la montée s’effectue. Une montée dynamique mais sage. Toujours dans un silence relatif qui me surprend. Cette année encore la montagne nous enchante un moment de ses couleurs chaude juste avant la tombée de la nuit qui s’annonce frisquette. Il me faut une heure pour avaler les 650m D+ des lacets de cette large piste , je suis dans le timing prévu , ni plus ni moins....
COL DE VOZA – 13 km - 21h10
Compte tenu de la place que j’occupe à cet instant (1868e), il est normal qu’une agitation fébrile ait pris le contrôle du ravito. Mon arrêt à Voza ne doit consister que dans le resserrage de mes chaussures et la mise en place de ma frontale, tant mieux !.
J’attrape au vol un verre de Coca et du pain. Malgré le froid relatif qui règne au col , je prend le parti de ne pas me couvrir et de rester en Tshirt , les manchons de cycliste devraient suffire à me climatiser.
La suite me donne pour une fois raison , la descente vers LA VILETTE s’effectuant versant Sud à l’abris du vent , il refait vite doux voire chaud.
Je suis attentif à mes pieds. J’ai du changer ma vieille paire de Montrail Leona Divide au mois de Mai et malgré toute les précautions prises pour les remplacer, mes nouvelles North Face XRC ne se sont jamais totalement adaptées à mon pied. En cause , le renfort extérieur au niveau de l’avant de la chaussure. S’il a l’avantage de bien protéger les orteils contre les chocs , il s’avère aussi traumatisant en descente , mes orteils venant buter contre cette surface trop rigide finissent par devenir très douloureux. Seule solution pour éviter ça, bien serrer avant les descentes.
Franchement cette première descente est un pur plaisir. Non je ne vole pas bien sur , mais j’ai une sensation de facilité rassurante qui, j’imagine , m’emmènera frais jusqu’aux pentes du BONHOMME.
Après la VILETTE l’itinéraire semble louvoyer, des montées succèdent aux descentes, jamais très longues mais parfois raides. Puis, la piste devient un sentier étroit. Des passages un peu plus techniques et plus humides provoquent des ralentissements qui finissent par devenir un véritable bouchon. Une certaine auto discipline règne et les dépassements intempestifs sont inexistant dans cette partie encombrée. Peut être un peu naïf, j’y vois la preuve d’une certaine sagesse des coureurs de l’UTMB. L’inverse de ce que j’ai pu vivre lors de la course du Canigou en 2005, ou les 30 m de dénivelé de la cheminée sommitale étaient une véritable foire d’empoigne, chacun essayant de grappiller aux autres quelques centimètres par n’importe quels moyens. J’y ai même vu une quinquagénaire, risquer de se rompre le cou en voulant tenter de rejoindre le sommet directement en escalade.
Bientôt le rythme redevient fluide. Des éclats de voix , des bruits de cloches de plus en plus distincts on arrive aux Contamines.
CONTAMINES-25km –23h00
On court 250m au milieu d’une haie d’encouragement pour aller au contrôle des passages puis au ravitaillement. Une formidable ambiance règne ici. Je n’en reviens pas , c’est la fiesta, pourtant il n’est plus question de tête de course. Le public est nombreux , chaleureux , ça fait un bien fou...
Je dois remplir ma poche à eau. Trouver une bouteille d’eau minérale. Je m’éloigne un peu pour être tranquille. Remplir la poche , est un exercice pénible et périlleux que je ne maîtrise toujours pas. Un quart d’heure d’arrêt et me voilà reparti , je crois même que j’ai pris le temps de faire quelques assouplissements des ischios.
Je cours jusqu’à NOTRE DAME DE LA GORGE . Pourtant je m’étais dit qu’il faudrait que je me tienne un peu en dedans pour éviter les désagréments qui avaient fini par me faire abandonner l’an dernier (pubalgie et tendinite aux adducteurs droits). Mais non ! Je ne peux m’empêcher de trottiner , à ce moment là je dois trouver ça plus économique que la marche et puis je pense capitaliser un bonus temps qui pourra peut être s’avérer utile. Je double pas mal de monde. Mais je me fais doubler aussi par des plus rapides. Enfin arrivent les dalles raides de la voie romaine, la marche peut reprendre, c’est parti pour environ 1200m de dénivelé positif.
La montée au BONHOMME c’est d’abord l’arrivée à l'étape intermédiaire du refuge de La Balme.
LA BALME-33 km – 00h35
Jusque là , dans mon souvenir, la progression était « confortable ». On était protégé par la forêt . On marchait sur une piste large... LA BALME c’est comme la fin de la montagne accueillante, l’entrée dans le domaine du froid, de l’humidité nocturne et des courants d’air. C’est là que les dernières polaires sont enfilées, les bonnets et les gants sortis des sacs....
De cet endroit il reste environ 650 mètres D+ pour arriver au col du BONHOMME. Sur un rythme régulier , les yeux fixés sur les talons de mon prédécesseur, je vais mettre un peu plus d’une heure pour rejoindre le col. Un coup d’oeil de temps en temps à la longue guirlande de frontales qui serpente derrière dans la vallée. Comme pour me rassurer, de manière un peu sadique , je pense que d’autres passeront ici bien après moi.. Heureusement que l’on voit beaucoup moins bien les frontales de ceux qui sont devant...
Arrivé au col , ce n’est pas fini. D’abord à flanc, le cheminement devient assez technique et continue à monter. Il ne faut pas perdre le balisage au risque de se retrouver dans des chaos de blocs limite dangereux de nuit. Nous marchons tous d’un bon pas sur cette partie technique. Chacun faisant confiance à celui qui le précède pour le choix de l’itinéraire. Les 150m D+ qui restent jusqu’à la croix du BONHOMME sont assez vite avalés.
COL DE LA CROIX DU BONHOMME-38km-02h05
Ne pas camper ici!! La nuit est claire , et même s’il n’y a pas de vent , la sensation de froid est bien présente. Je tire deux ou trois bouffées sur mon camel back , et hop j’enquille la descente. Oubliant au passage de resserrer mes chaussures.
La fameuse descente vers les CHAPIEUX .. célèbre et célébrée pour les tourments qu’elle inflige, reste fidèle à ce qu’elle est. Une amorce assez sympa sur un sentier roulant , puis rapidement tout se complique. Des zones humides très boueuses , dans une pente raide, le sentier qui se divise , autant qu’il se creuse et pour finir un entrelacs de bosses et de creux dans un cloaque spongieux. Un peu comme une piste noire après le passage de centaines de skieurs , mais la boue à remplacé la neige. !
« Article 22 : Se demmerde qui peut ! » Cela résume assez bien l’ambiance. Terminé les belles guirlandes de frontales alignées !
Après 20 min de « franche rigolade » dans cet Aquaboulevard du pauvre, le chemin s’assagit et c’est en trottinant que je me décrotte dans les gentils lacets herbeux qui nous mènent aux Chapieux.
LES CHAPIEUX-44km-03h18mn
Comme en haut du col de la croix du bonhomme ,surtout ne pas traîner à la base des CHAPIEUX. Il y a beaucoup de monde et l’ambiance est fiévro-glaciale. Il faut repartir d’ici encore chaud. Je prends un ou deux verres de Coca et du pain. Quelques Tucs aussi. Je décide de me restaurer en marchant tranquillement sur la route qui monte vers LA VILLE DES GLACIERS. Cela m’occupera car je trouve cette partie de 4.5km très chiante. Une chance , je trouve un compagnon de route avec qui j’échange quelques mots ...et quelques rots.
L’attaque du COL DE LA SEIGNE est sans ambigüité , ça monte raide d’un coup à partir du refuge des MOTTETS. Pourtant ce col est vicieux.
C’est assez étrange comme sensation mais dans cette montée , on se croit presque tout le temps sur le point d’être arrivé au sommet. Chaque fois, un nouveau virage , ou une nouvelle perspective repousse cet espoir. Résultat : de plus en plus de coureurs arrêtés sur les cotés , essoufflés, appuyés sur leur bâtons au fur à mesure que l’on approche du col. Je n’ai revu ça que dans le COL FERRET qui a un peu la même configuration.
A ce moment de la course j’ai encore du jus, et c’est à mon rythme , sans arrêt que j’arrive en haut dans la froidure du jour qui commence à se lever. Cela fait plusieurs heures que j’ai de légères douleurs à l’estomac mais j’en prends vraiment conscience en basculant vers l’Italie.
COL DE LA SEIGNE-54km-05h45mn
Les deux gros morceaux de ce début de course sont plutôt bien passés. C’est donc l’esprit léger que j’entame la descente vers le refuge Elisabetta. Ce levé du jour est fantastique de pureté. Mais le froid est vif , et des plaque de glace se sont formées pendant la nuit sur les rochers affleurant du sentier. Cela vaudra à certains de lourdes chutes , heureusement sans conséquence pour celles que j’ai vu. Prudence donc, le paysage attendra...
On retrouve un peu de plat juste avant la dernière descente raide qui emmène au refuge. Je cours un peu mais les jambes sont devenues lourdes .
ELISABETTA-58km
Encore un arrêt de courte durée sur ce ravitaillement. Bien que nous ayons perdu de l’altitude , il fait toujours froid. J’ai prévu de prendre plus de temps à Chécrouit de manière à couper l’infernale descente sur Courmayeur en deux parties. Pour l’instant je repars sur la grande ligne droite extra plate qui longe la rive du lac Combal. J’en ai envie , mais je ne cours pas, mes jambes sont lourdes et je veux arriver en forme à l’attaque de la remontée sur L’arête du Mt FAVRE. Je rencontre un coureur dans les mêmes dispositions que moi et nous discutons durant ce petit quart d’heure qui nous sépare de la prochaine montée. Il me lâche dès les premiers mètres de pente. Je reste à mon rythme , assez lent si j’en juge par le nombre de ceux qui me doublent. Je pense avoir mis un peu moins d’une heure pour faire ces 450m D+ assez péniblement. Comme pour s’excuser de me faire souffrir la montagne offre encore ses paysages de cartes postales. Je ne connais pas le nom de ces murailles inondées de soleil levant mais elles sont magnifiques.
ARETE DU MT FAVRE-63km-07h41mn
Dur , dur ! j’ai la nausée et un alien qui me bouffe le ventre. Le souffle court aussi, cette montée était tuante .La perspective d’un arrêt prolongé au COL CHECROUIT vient à point nommé me redonner un peu d’énergie pour entamer la descente. J’y vais mou , je sais qu’une bonne partie de ma course se joue maintenant dans cette descente vers COURMAYEUR. Y aller trop vite , c’est m’auto détruire.. ! !
Je mets 50 minutes pour atteindre le col et le ravito salvateur !
COL CHECROUIT-67km-08h29mn
Comme prévu , c’est le paradis. ! Il y a des tables et des bancs au soleil. Je vais jeter mon sac sur l’un d’entre eux et vais me servir un peu de fromage et de pain. Puis je reviens et pour la première fois depuis le départ........ je m’assois....mmmhh le pied. Je déguste ce moment jouissif pendant de longues minutes. Puis retourne me servir un peu de fromage. A l’heure qu’il est c’est encore l’abondance au niveau de la bouffe. Mon ventre va un peu mieux. J’échange quelques impressions avec un voisin visiblement dans le même état que moi. Passe à quelques étirements des ischios... puis je m’allonge un peu sur le banc.
C’est alors qu’une musique orientale rempli l’espace. Au milieu des trailers fatigués , une apparition avant l’heure, Sheherazade souriante en danseuse du ventre nous fait son show sans aucun complexe. Je n'en reviens pas...Merci à nos amis italiens de nous couver d'aussi aimables attentions... pour la peine, je reste jusqu’à la fin du spectacle puis je repars avec mes trois bâtons !
J’aurai quand même perdu 100 places lors de cet arrêt, ce qui montre bien que le plaisir a toujours un prix !
La suite de la descente sur COURMAYEUR après ce repos passe assez bien. Des pelouses, une piste carrossable caillouteuse, puis un chemin de terre poussiéreux, le tout toujours raide Je retrouve un peu de force pour courir dès le retour sur le bitume jusqu’à l’arrivée à la base de vie. Je mets un peu plus d’une heure
COURMAYEUR c’est presque 50% en distance mais seulement 30% en temps.. ! !
COURMAYEUR-72km-09h-32mn
Ca grouille à la base de vie de COURMAYEUR. J’entre et je pense au salon de l’agriculture... Je ne comprends pas tout de suite qu’il faut récupérer son sac d’assistance à l’entrée. Je traîne quelques minutes bêtement un peu hagard, puis me décide à demander..
Une fois mes affaires récupérées je file à la douche. A ma grande surprise l’eau est à la température idéale , bien chaude comme j’aime. J’y passe quelques minutes puis après m’être séché je pars à la recherche d’un kyné libre. Pas facile , il y a bcp de monde. Je prends la file d’attente et au bout de 15 min je passe entre les mains musclées de ROBERTO , kiné italien qui exerce ses talents à Londres. Ca me permet de tester mon Anglais dans la bonne humeur. Le temps d’un massage pour le moins.... viril. Aïe Aïe ! !
Je retrouve Palou qui est venue par la navette et nous partageons un petit pique nique sur l’herbe devant la salle. J’ai tjrs des nausées et je me force à avaler quelques pates, et deux yahourts. Un bisou, je repars. Le tout aura duré un peu plus d’une heure.
2e PARTIE COURMAYEUR-CHAMPEX
C'est reparti.
Mes jambes sont moins lourdes mais la fatigue est tjrs là. Il doit être aux alentours de 10h30 et il fait déjà chaud. C'est d'un bon pas que je commence la traversée de COURMAYEUR, je me sens un peu décalé avec mon accoutrement moulant au milieu des touristes. J'ai même l'impression que certains rigolent de moi. Je rattrape un trio à casquette et bâtons qui avance d'un bon pas et je m’incruste, quitte à se faire moquer autant que ce soit en groupe. Nous passons ensemble près d'un petit chapiteau où le tapis rouge a été déroulé pour les coureurs. Un animateur hilare et plein d'enthousiasme égrène un à un nos prénoms dans une puissante sono. Très sympa pourtant j'ai tjrs l'impression de faire tache...mais bon , la fatigue doit me rendre parano...
Petit virage sur la droite, ça commence à monter.
Je me prépare pour la suite en égrenant quelques mantras. "Entamer la montée lentement. Boire régulièrement. Ne pas se projeter plus d'une heure en avant".
La portion d’asphalte droite et montante avant l'attaque du sentier me parait pénible avec des parties au soleil où j'ai l'impression de faire cuire mes semelles. Puis c'est le sentier , large , super bien entretenu qui zigzague dans une forêt assez clairsemée et tout compte fait peu rafraîchissante.
Petit à petit les choses se mettent en place. Certains se sont éloignés rapidement dès les premiers lacets. D'autres ont profités du début des "hostilités" pour refaire leur sac ,boire, se ravitailler etc.. J'ai pris le parti de me caler sur les mollets de mon compagnon de devant. Le tic tac de ses bâtons a la régularité d’un métronome et j'ai besoin de rythme. Durant toute la montée , ses mollets vont devenir mon univers. Je ne vais pas le lâcher d'un orteil. Tchou Tchou.. c'est à une bonne quinzaine et à la queue leu leu que nous arriverons à BERTONE en chantant "la chenille".
Refuge BERTONE - 77km - 12h30mn
Le refuge BERTONE est le symétrique de celui du col CHECROUIT. Il se situe à peu près à la même altitude de l'autre coté de la vallée dans un cadre au moins aussi beau. L'accueil y est tout autant sympathique et invite au farniente. Je suis persuadé que ces deux ravitos peuvent être une alternative intéressante à un arrêt à COURMAYEUR.
Je me trouve un coin à l'ombre , un peu à l'écart juste à coté d'un chien endormi (ou mort). J'ai trouvé une boisson énergétique rouge vif dont le goût est très agréable. j'en prends plusieurs verres , délaissant pour cette fois le coca qui en Italie, detail important, est devenu du Pepsi.
Je défais mes chaussures , le temps de faire sécher mes pieds en surchauffe dans le GORETEX. Pour l'instant , pas d'ampoule en vue. Seul l’ongle du gros orteil droit me fait un peu souffrir et commence à prendre une teinte violacée. C’est rien à côté de ce que je craignais.
Je suis toujours dans les temps prévus , mais je me sens un peu las. C'est pourquoi je traîne un assez long moment , je m'étire, consulte ma feuille de route, retourne chercher quelques Tucs. Enfin je me décide et repars pour les derniers mètres de montée.
Il fait assez chaud et je me surprends à souhaiter l'arrivée des nuages. La montée se termine et c'est sur un sentier plat , super bien tracé que nous continuons notre route. Nous sommes sur la rive gauche du val ferret italien. La vue sur le massif du Mt Blanc est splendide. Mais rapidement , ce sentier pourtant parfait , va devenir ennuyeux et long. En effet, même si le relief est peu marqué, très vite de petites montées viennent secouer le rythme cardiaque. Je pensais pouvoir récupérer sur cette partie, il n'en est rien. Je la trouve même usante à tous niveaux. Le plus dur sera l'arrivée au refuge BONATTI après un petit raidillon non prévu de 150m D+.
Il m'aura fallu deux heures pour parcourir ces 7.5km ! La moyenne a bien chuté , et j'ai l'impression à ce moment là , que je suis un peu en perdition. Le moral en prend un coup ,et le soleil se cache derrière les premiers nuages.
Refuge BONATTI-84km - 14h21mn
Gros coup de mou. ! Je cherche une place au calme et à l’abris du vent qui me mène derrière le refuge. Non loin pas de chien endormi mais , plié en deux sur une clôture en bois, un coureur malade qui restitue son dernier ravito. Lorsqu’il se déplie , j’aperçois son visage livide. Il passe devant moi comme un somnambule titubant et rejoins la masse compacte autour des tables. Cela me permet de relativiser ma propre souffrance. Et assez paradoxalement me redonne un peu de moral et de motivation pour la suite. Après tout je n’ai aucun bobo pour l’instant , je ne suis « que » fatigué..
Je me décide à repartir au bout d’une dizaine de minutes. Il faut encore monter.. ! ! J’ai vraiment l’impression que je n’ai fait que monter depuis BERTONE ! !
Mais je vais mieux... et surtout , la côte n’est pas longue. Le sentier descend ensuite , puis remonte encore. Je marche dans les pas d’un groupe de trois Anglais , silencieux. Ensuite, j’ai l’impression qu’on revient sur nos pas pendant un bon moment avant d’entamer une « vraie » descente qui nous mène jusqu’à ARNUVA .
Arnuva – 89km – 15h44mn
J’ai pas eu l’impression de traîner et pourtant.. 1h23min pour faire ces 4.5km sur un profil qui sur la carte apparaît plat ou descendant , c’est vraiment pas terrible. J’ai encore perdu 100 places depuis BERTONE.
Bien sûr à ce moment là , je n’ai pas ce genre de pensée. Je suis concentré sur les difficultés à venir ou plutôt LA difficulté à venir. Il s’agit de la montée en deux temps au GRAND COL FERRET.
Je suis comme un jeune premier à un rendez vous galant, j’espère vraiment que je serai à la hauteur. J’attrape quelques gourmandises au ravito , et je continue sur la piste menant aux hostilités en grignotant tranquillement. Je vois arriver la première pente. Mon Dieu que c’est raide !!. Je suis seul . Je baisse la tête . Trouver le bon rythme , ne pas le lâcher. Les bâtons sont très sollicités. Un photographe est là , sur le côté gauche. J’essaie de faire celui qui en a vu d’autre , mais sans conviction.
Mes pensées sont tournées vers la suite. Les presque 20 km de descente assez tranquille qui suivront l’arrivée au col. Pour l'instant c’est « un pied devant l’autre ».
Si la première partie jusqu’à ELENA est dure. La partie ELENA – COL FERRET l’est encore plus à cause des perspectives qu’elle dispense sur l’itinéraire. On peut pratiquement voir intégralement les 500 mètres de D+ qu’il reste à parcourir.
La fourmi la haut, .. ce sera moi dans au moins une heure de souffrance , pas bon pour le moral. !
Plus on monte , plus le vent souffle. Une excuse pour s’arrêter et enfiler la veste. Récup relatives dans certaines parties moins raides. Puis petit à petit , les fourmis ne sont plus vers le haut, mais en bas..... ça se calme , et le col apparaît au bout d’un sentier à la pente assagie.
GRAND COL FERRET – 93km – 17h25mn
A moi les 20 km de descente.. ! ! ! !
Je ne sais plus depuis combien de temps il pleut mais il pleut. Au niveau météo , c’est exactement le même scénario que l’année dernière.
La pluie ne me gêne pas. J’essaie de trottiner dans l’herbe sur le bord du chemin quand c’est possible. Ca m’évite les risques de glissades dans une boue naissante. Je trouve la descente tranquille , le chemin est large et assez roulant. Trottiner ne demande pas bcp d’effort, et nous sommes nombreux à en profiter.
Refuge de LA PEULAZ – 97km – 18h00mn
La pluie tombe de plus en plus drue. J’essaie de rentrer m’abriter dans le refuge. Ambiance « so strange » , genre messe noire. Je ressors aussitôt avec l’intention de rallier le plus vite possible LA FOULY. La pente est raide au début , empruntant un sentier technique qui me convient bien. Je me lâche un peu (la première fois depuis le départ). Ca va durer environ 40 minutes jusqu’à l’arrivée sur le goudron. C’est dans cette partie que je vais sacrifier mon gros orteil droit , et allumer une ampoule qui va coiffer le petit orteil gauche,de quoi m'oter toute envie de remettre ça.
La partie sur route est en faux plat descendant. Elle se fait sous une pluie devenue battante , tantôt en courrant , tantôt en marchant. Le tout en ordre très dispersé.
LA FOULY – 102km – 18h59mn
Il y a du monde à LA FOULY. Mais l’ambiance n’est pas très gaie. Il pleut à seaux et on cherche tous un coin à l’abri.
A ce moment l’idée d’abandonner m’effleure. J’ai du mal à envisager la suite avec un pareil déluge. Je décide d’attendre une accalmie pour repartir. Ce faisant , je tourne et je vire dans l’amas compact des coureurs sans aucun moment trouver à m’asseoir. Je picore de ci de là , du fromage , un gâteau, du pain . Mon mal de ventre m’ayant quitté et la lassitude aidant, je suis moins attentif à l’homogénéité de ce que je consomme. Je ressors. Il pleut moins , je repars avec deux coureurs dont un recouvert d’un sac poubelle. J’apprendrai qu’il a oublié sa veste à COURMAYEUR.
La suite est tranquille , sous la pluie certes , mais bucolique et reposante. L’esprit peu vagabonder un peu sur ce sentier agréable. Même si quelques passages , fort bien balisés , nécessitent toute l’attention liée à la fatigue et la tombée de la nuit. J’alterne les moments de courses et de marche , comme la plupart de ceux avec qui je suis.
L’ambiance est détendue et conviviale.
PRAZ de FORT – 111km – 20h28mn
Le ravito est au milieu du village. Contrôle des temps. Comme je me sens bien à ce moment là, je décide de continuer sans m’arrêter. L’itinéraire est toujours relativement reposant ,faux plat descendant, pistes carrossables , de la route aussi. A ce moment de la course, je suis à la fois confiant et inquiet. Même si tout a été comme prévu jusqu’à maintenant, la perspective d’une seconde nuit sous la pluie m’effraie.
Je traverse Issert désert, comme si j’étais l’unique survivant d’un conflit nucléaire. Je ne me sers plus de mes bâtons pour ne pas faire de bruit. Puis , juste avant la remontée sur Champex , j’aperçois les frontales d’autres coureurs. Ouf !..Je ne suis plus seul.
Cette montée sur Champex est sûrement très jolie et agréable de jour. Mais j’ai l’impression qu’elle n’en fini pas , et que l’on louvoie dans la forêt de manière incohérente. J’essaie de me concentrer sur mon rythme de marche.
Tout doucement , je remonte sur un participant . Je vais m’accrocher un peu à son pas , puis je vais le passer et c’est lui qui va me suivre. Nous allons tous les deux accorder nos cadences sans échanger aucun mots jusqu’à Champex.
CHAMPEX – 117km – 21h57mn
Je monte les quelques marches. Quand j’entre sous la grande tente qui sert de base de vie je suis déçu. Je ne sais pas pourquoi , mais j’imaginais cette étape comme une oasis tranquille avant « l’assaut final ». Eh bien pas du tout !
J’ai l’impression d’arriver à la fin d’un grand banquet paillard sur terre battue. Tout est crade et encombré. On se déshabille et se rhabille au milieu d’autres qui mangent ou se refont leur pansement. Vers le fond, un rideau fait la séparation avec la salle de soin , où l’on masse, perce, coupe pas loin du comptoir où l’on sert les portions de pâtes. Sans oublier un taux d’ humidité à 110% qui sert de liant aux odeurs et aux humeurs !
Malgré tout , j’ai la chance de trouver une place assise avec un peu d’espace pour y poser mon barda. Je dois me faire soigner l’ampoule qui me titille depuis La PEULE. J’ai la chance de passer rapidement dans les mains d’un podologue , puis dans la foulée , un kiné me détend les quadri. Enfin , une infirmière viens me « finir » par un massage doux de la plante des pieds. Du coup, cet endroit m’est devenu sympathique.. ! ! (toujours se méfier de ses premières impressions)
Je vais me servir un plateau de pâtes que je mange de bon appétit. Puis c’est le moment de se changer , refaire le sac , remplir la poche à eau ,etc..
Ca fait plus d’une heure que je suis là. Tout compte fait , j’aurais passé un moment réparateur à CHAMPEX et le souvenir que j’en garde et très positif.
Je repars dans la nuit , il pleut un peu moins mais j’ai froid.
(à suivre)
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